Intelligence Artificielle

Six mois de bots IA sur un site vitrine : 12 866 requêtes ChatGPT pour 82 visiteurs

2026-10-14 · Pierre

En mai, nous publiions la méthode pour mesurer les agents IA dans Matomo. En septembre, nous citions un chiffre de passage : au premier semestre, ChatGPT avait fait plus de requêtes sur datacampus.fr que nous n'avions eu de visiteurs humains. Plusieurs lecteurs nous ont demandé la suite. La voici, sur six mois pleins, avec tout ce que nous avons appris en regardant ces courbes, y compris ce qui nous a surpris.

Le terrain d'observation est modeste et c'est ce qui le rend intéressant : datacampus.fr est un site vitrine d'hébergeur, une cinquantaine de pages, un blog, une documentation. Pas de catalogue produit, pas de recherche à facettes, rien qui attire les robots. Ce que nous mesurons ici, c'est la pression de fond que subit n'importe quel site professionnel en 2026.

Résumé en 10 secondes

D'avril à septembre 2026, ChatGPT-User a fait 12 866 requêtes sur datacampus.fr, pour 11 976 visites humaines sur la même période. Le pic est en juin (3 873 requêtes, 1,7 fois les humains), puis la courbe s'effondre : 691 en septembre. Trois pages concentrent 46 % des lectures de ChatGPT. Sur toute la période, les assistants IA nous ont envoyé 161 visiteurs humains, dont 82 depuis ChatGPT : une visite pour environ 160 lectures. Mais ces visiteurs convertissent presque deux fois mieux que ceux venus des moteurs de recherche.

12 866requêtes ChatGPT-User d'avril à septembre, contre 11 976 visites humaines
÷ 5,6entre le pic de juin (3 873) et septembre (691)
46 %des lectures de ChatGPT portent sur trois pages seulement
9,3 %de conversion pour les visiteurs venus d'un assistant IA, contre 5,2 % depuis les moteurs

Deux familles, deux instruments

Un rappel indispensable pour lire les chiffres, détaillé dans le guide Matomo. Il existe deux familles de robots IA qui n'ont rien à voir.

Les agents de consultation, ou chatbot users : ChatGPT-User, Claude-User, Perplexity-User, MistralAI-User, Google-NotebookLM. Ils vont chercher une page parce qu'un humain, à cet instant, pose une question à l'assistant et que l'assistant veut une source. Chaque requête correspond à une question humaine quelque part.

Les crawlers d'entraînement et d'indexation : GPTBot, OAI-SearchBot, ClaudeBot, Meta-ExternalAgent, CCBot, PerplexityBot, Bytespider. Ils aspirent le site en continu, par vagues, pour alimenter un index ou un corpus. Aucun humain derrière une requête donnée.

Côté mesure, nous croisons deux sources. Les logs Apache de datacampus.fr, qui voient tout, et Matomo, qui compte les visites humaines (JavaScript, donc invisible aux robots) et les agents de consultation (tracker serveur vers le plugin BotTracking, actif depuis le 24 avril). Les chiffres de robots ci-dessous viennent des logs, les chiffres d'humains de Matomo. La période va du 1er avril au 30 septembre 2026, six mois pleins.

ChatGPT lit plus que vos visiteurs, puis beaucoup moins

La série mensuelle est la plus parlante.

Mois 2026ChatGPT-UserClaude-UserVisites humainesRatio ChatGPT / humains
Avril1 054857271,4
Mai3 312492 1131,6
Juin3 8731712 3231,7
Juillet2 677922 5811,0
Août1 259621 8400,7
Septembre6912212 3920,3
Total12 86668011 9761,07

Avril

GPT1 054
Hum.727

Mai

GPT3 312
Hum.2 113

Juin

GPT3 873
Hum.2 323

Juillet

GPT2 677
Hum.2 581

Août

GPT1 259
Hum.1 840

Septembre

GPT691
Hum.2 392

■ requêtes ChatGPT-User (logs serveur)   ■ visites humaines (Matomo)  ·  avril à septembre 2026

Au printemps, la courbe raconte ce que tout le monde raconte : l'IA lit plus que les humains. En juin, ChatGPT fait 1,7 requête pour chaque visite humaine. Puis l'été arrive et quelque chose casse. En septembre, les humains sont revenus à leur niveau de juin, et ChatGPT-User a été divisé par 5,6.

Nous n'avons pas d'explication certaine, et nous préférons le dire plutôt que d'en inventer une. Deux hypothèses nous paraissent solides, et elles ne s'excluent pas.

La première est éditoriale. Les trois pages que ChatGPT lit le plus (nous y revenons ci-dessous) traitent d'obligations réglementaires avec un calendrier : accessibilité numérique, bandeaux cookies, Cloud Act. Au printemps, ces questions étaient posées massivement aux assistants ; à la rentrée, moins. La demande humaine derrière ChatGPT-User s'est déplacée vers d'autres sujets, et d'autres sites.

La seconde est technique. Sur la même période, OAI-SearchBot, le crawler d'indexation d'OpenAI, est resté parfaitement stable entre 540 et 975 requêtes par mois. Il est plausible qu'OpenAI s'appuie de plus en plus sur son propre index pour répondre, et de moins en moins sur des lectures en direct de la page au moment de la question. Moins de ChatGPT-User, même nombre de citations possibles. Nous n'avons aucun moyen de le vérifier de notre côté, mais la forme des courbes y ressemble.

À noter, à contre-courant : Claude-User a fait son meilleur mois en septembre, 221 requêtes, 2,6 fois son niveau d'avril. Petit en volume, mais la tendance est inverse.

Ce que ChatGPT lit chez nous

Sur les 13 353 requêtes ChatGPT-User présentes dans l'ensemble des logs disponibles, de mi-mars à début octobre, voici les pages les plus demandées.

PageRequêtesPart
Page d'accueil2 50118,7 %
RGAA 2025 : obligations d'accessibilité numérique1 99414,9 %
Supprimer le bandeau cookies : l'exemption CNIL1 68412,6 %
Cloud Act et RGPD : héberger en France6865,1 %
Documentation Nextcloud : sauvegarde et restauration3322,5 %
Documentation Nextcloud : clients WebDAV2491,9 %
IA locale et LLM sur serveurs souverains2171,6 %
DORA, NIS2, EAA : les textes 20262021,5 %
Documentation WordPress : debug1841,4 %
Documentation : LiteSpeed et PrestaShop1471,1 %

Trois enseignements. D'abord, la concentration : la page d'accueil et deux articles de blog font 46 % du total. ChatGPT ne lit pas « le site », il lit les pages qui répondent à une question précise que ses utilisateurs lui posent souvent. Ensuite, la nature de ces pages : aucune page commerciale dans le top 10. Les offres, les tarifs, le configurateur n'intéressent pas l'assistant. Ce qui l'intéresse, c'est la réponse à une question de conformité ou un mode d'emploi technique. Enfin, la documentation : des pages que nous avons écrites pour nos clients, qui ne génèrent presque aucune visite humaine organique, sont parmi les plus lues par les assistants. Elles travaillent en silence.

Deux indices confirment qu'il y a bien des humains derrière ces requêtes. La répartition horaire suit une journée de bureau française : creux à 5 h du matin (185 requêtes sur la période), montée dès 8 h, pics à 10 h et 15 h (935 et 1 004), redescente le soir. Les 13 353 requêtes viennent de 1 692 adresses IP distinctes. Un bémol que nous devons à l'honnêteté : seules 37 % de ces requêtes proviennent des plages d'adresses qu'OpenAI publie aujourd'hui pour ChatGPT-User. Le reste vient surtout d'adresses de grands clouds publics, Azure en tête, qui peuvent être des plages retirées depuis ou des imitateurs qui empruntent le user-agent. Un user-agent se déclare, il ne se prouve pas. Les ordres de grandeur tiennent, la précision à l'unité non.

Les crawlers : Meta lit autant que Google

Deuxième famille, celle qui n'a personne derrière chaque requête. Sur les six mois, dans les logs :

RobotÉditeurRequêtes avril-sept.Tendance
bingbotMicrosoft24 777pic à 9 971 en avril, puis 2 000 à 3 600 par mois
GooglebotGoogle20 181stable, 2 600 à 4 100 par mois
Meta-ExternalAgentMeta19 364de 1 468 en avril à 3 400-3 900 par mois depuis mai
ClaudeBotAnthropic7 4602 300 par mois en avril-mai, puis 300 à 570
ApplebotApple5 262stable, 700 à 1 100 par mois
OAI-SearchBotOpenAI5 001stable, 540 à 975 par mois
GPTBotOpenAI1 729irrégulier, 116 à 624 par mois
CCBotCommon Crawl767pic à 287 en juin
BytespiderByteDance366en hausse régulière, 8 en avril, 139 en septembre
PerplexityBotPerplexity350quasi nul puis 241 en août

Le chiffre qui nous a fait relire la requête : Meta-ExternalAgent, le crawler d'entraînement de Meta, lit datacampus.fr presque autant que Googlebot. Pour un site qui n'a aucune présence particulière sur les plateformes de Meta, c'est une pression de crawl qui ne nous apporte rien, ni visiteur, ni citation que nous puissions mesurer. Nous l'autorisons quand même, par choix : notre robots.txt dit à tous les crawlers IA qu'ils sont bienvenus, et nous préférons être dans les corpus que dehors. Mais c'est une décision, pas une évidence, et chaque site devrait la prendre consciemment.

Deuxième surprise : ClaudeBot a divisé son crawl par huit entre mai et juillet, pendant que Claude-User, l'agent de consultation, montait. Le crawler a fini son tour, l'index est constitué, et désormais ce sont les questions des utilisateurs qui déclenchent les lectures. C'est le comportement qu'on attend d'un crawler bien élevé : intense au début, puis des rafraîchissements ciblés.

Si l'on additionne tout ce qui est identifié comme machine sur ces six mois, agents de consultation, crawlers IA et moteurs de recherche, on dépasse 99 000 requêtes de pages, pour 25 707 pages vues par des humains. Près de quatre requêtes de robots identifiés pour une page vue humaine, et c'est un plancher : les scrapers qui se déguisent en Chrome ne sont pas dans ce compte.

Ce que ça rapporte : 161 visiteurs, mais lesquels

C'est la question que tout le monde pose ensuite. Toutes ces lectures par des assistants, est-ce que ça nous envoie quelqu'un ? Matomo classe désormais les referers des assistants IA dans une catégorie dédiée. De janvier à septembre 2026 :

Source de la visiteVisitesConversionsTaux
Moteurs de recherche7 4733905,2 %
Accès direct4 6241944,2 %
Sites référents383297,6 %
Réseaux sociaux21894,1 %
Assistants IA161159,3 %

Une conversion, ici, est un objectif Matomo : une estimation vue dans le configurateur, un formulaire de contact envoyé, une plaquette téléchargée. Pas une vente, mais un signal d'intérêt mesurable.

Lecture honnête du haut du tableau : les assistants IA ont envoyé 161 visiteurs en neuf mois, soit 1,3 % de l'ensemble des visites. Pour ChatGPT seul, 82 visiteurs face à 12 866 requêtes de ChatGPT-User sur six mois : une visite humaine pour environ 160 lectures. Si vous attendez du trafic des assistants IA, vous attendrez longtemps. Dans le détail, ChatGPT a envoyé 82 visiteurs, Gemini 25, Perplexity 23, Claude 22, Copilot 14.

Lecture tout aussi honnête du bas du tableau : ces 161 visiteurs convertissent à 9,3 %, contre 5,2 % pour les moteurs de recherche et 4,2 % pour l'accès direct. Ils consultent aussi plus de pages, 2,9 par visite depuis ChatGPT et 3,4 depuis Claude. Ce sont des gens qui ont posé une question précise, obtenu une réponse qui nous citait, et cliqué pour en savoir plus. Le volume est faible, la qualité est la meilleure de toutes nos sources. Les effectifs sont petits, 15 conversions, donc prenez le pourcentage comme un ordre de grandeur, pas comme une loi.

Ce que nous en retenons, pour vous

  1. Mesurez les deux familles séparément. Un chiffre global « trafic IA » mélange des crawlers sans valeur immédiate et des agents qui portent des questions humaines. Le second est le seul qui compte pour votre contenu.
  2. Écrivez pour répondre à une question. Les pages lues par les assistants sont celles qui répondent nettement à une question que des gens posent : une obligation, une procédure, une définition. Pas les pages qui parlent de vous.
  3. Votre documentation est un actif. Des pages écrites pour vos clients, sans ambition SEO, sont lues par les assistants et font de vous une source. Rendez-les publiques et propres.
  4. Ne jugez pas les assistants au volume de visites. Jugez-les à ce que font les visiteurs. Chez nous, ce sont les meilleurs.
  5. Décidez de votre politique de crawl en connaissance de cause. Meta lit autant que Google. Si ça ne vous apporte rien, vous avez le droit de dire non dans robots.txt. Nous disons oui, mais nous l'avons décidé.

Nous referons le point dans six mois. Si la courbe de ChatGPT-User continue de baisser pendant que les citations tiennent, l'hypothèse de l'index l'emportera. Si elle remonte avec la prochaine vague de questions réglementaires, ce sera l'hypothèse éditoriale. Dans les deux cas, la méthode reste la même, et elle est publique.

FAQ : bots IA et trafic d'un site professionnel

Les bots IA font-ils plus de trafic que les humains sur un site professionnel ?

Sur datacampus.fr, un site vitrine sans catalogue, oui : d'avril à septembre 2026, ChatGPT-User seul a fait 12 866 requêtes pour 11 976 visites humaines, et l'ensemble des robots identifiés (agents IA, crawlers IA, moteurs) représente près de quatre requêtes pour chaque page vue humaine. Le ratio varie fortement d'un mois à l'autre : 1,7 en juin, 0,3 en septembre pour ChatGPT-User.

Quelle est la différence entre ChatGPT-User et GPTBot ?

ChatGPT-User est l'agent de consultation : il lit une page parce qu'un utilisateur pose une question à ChatGPT à cet instant. GPTBot est le crawler d'entraînement, et OAI-SearchBot le crawler d'indexation pour la recherche : ils aspirent le site en continu, sans humain derrière chaque requête. Les trois ont des user-agents distincts et se gèrent séparément dans robots.txt.

Les assistants IA envoient-ils des visiteurs ?

Peu : 161 visites de janvier à septembre 2026 sur datacampus.fr, soit, pour ChatGPT, environ une visite humaine pour 160 lectures de ChatGPT-User. En revanche ces visiteurs convertissent à 9,3 % (estimation, contact, téléchargement), contre 5,2 % pour les moteurs de recherche, et consultent plus de pages. Faible volume, forte intention.

Quelles pages les assistants IA lisent-ils le plus ?

Celles qui répondent à une question précise. Sur datacampus.fr, la page d'accueil et deux articles sur des obligations réglementaires (accessibilité RGAA, bandeau cookies) font 46 % des lectures de ChatGPT. Aucune page commerciale dans le top 10, mais plusieurs pages de documentation technique écrites pour nos clients.

Faut-il bloquer Meta-ExternalAgent ?

C'est un choix éditorial. Sur datacampus.fr il représente 19 364 requêtes en six mois, presque autant que Googlebot, sans visiteur ni citation mesurable en retour. Nous l'autorisons pour être présents dans les corpus d'entraînement. Un site qui ne voit aucun intérêt à cela peut l'interdire dans robots.txt, Meta annonce respecter la directive.

Pour aller plus loin :
• Les robots d'OpenAI (GPTBot, OAI-SearchBot, ChatGPT-User) · Matomo
• Sur datacampus.fr : Tracker les agents IA et crawlers avec Matomo · Recherche à facettes et bots IA · Le cookie-gate qui a fait tomber la charge de 70 à 2,5 · Qu'est-ce que MCP ?

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