Intelligence Artificielle

Faire tourner un LLM sur votre propre machine : le TP

2026-08-19 · Pierre

On nous pose souvent la question : « combien ça coûte, un serveur pour faire tourner un LLM ? » La bonne réponse, dans neuf cas sur dix, c’est : commencez par ne rien acheter. L’ordinateur sur lequel vous lisez cette page fait probablement tourner un modèle très correct, ce soir, gratuitement.

Ce guide est un TP. Vous l’exécutez sur votre propre machine, du début à la fin, sans carte bancaire et sans compte à créer. À l’arrivée vous aurez un modèle qui répond en local, une interface web propre, et la capacité d’interroger vos propres documents. Surtout, vous saurez ce que votre matériel encaisse vraiment, ce qui est la seule façon honnête de décider si vous avez besoin d’investir ensuite.

Faits clés

  • Règle de dimensionnement : il faut pouvoir charger le fichier du modèle en mémoire, plus environ 20 % pour le contexte. Un modèle de 5 Go demande donc à peu près 6 Go de mémoire disponible.
  • 8 Go de RAM suffisent pour des modèles de 1 à 4 milliards de paramètres, largement de quoi faire de la reformulation, du résumé et de la classification.
  • 16 Go ouvrent la porte aux modèles de 12 à 14 milliards de paramètres, le premier palier où la qualité devient réellement utile au quotidien.
  • Ollama (version 0.32 au 17 août 2026) installe et sert les modèles en une commande, sur macOS, Linux et Windows.
  • Open WebUI (version 0.11) ajoute une interface de chat complète, avec gestion documentaire, en un conteneur Docker.
  • Coût du TP : zéro euro. Pas de facturation au token, pas d’abonnement, aucune donnée envoyée à l’extérieur.

Ce que votre machine peut encaisser

C’est la seule question qui compte avant de commencer, et elle se résume à une contrainte : la mémoire. Un modèle de langage doit être chargé entièrement dans une mémoire accessible par l’unité de calcul. S’il n’y tient pas, le système se met à échanger avec le disque et les performances s’effondrent d’un facteur dix ou vingt.

La règle pratique tient en une ligne : prenez la taille du fichier annoncée, ajoutez 20 %, et vérifiez que vous avez cette quantité de mémoire libre. Sur un Mac Apple Silicon, la mémoire est unifiée, donc c’est votre RAM totale moins ce qu’occupe le système. Sur un PC avec une carte graphique dédiée, c’est la VRAM de la carte qui compte, et à défaut la RAM avec des performances nettement moindres.

Mémoire disponibleModèles jouablesÀ quoi ça sert vraiment
8 Go
portable d’entrée de gamme
gemma3:1b 815 Mo
qwen3:1.7b 1,4 Go
llama3.2 2,0 Go
qwen3:4b 2,5 Go
Reformulation, résumé court, classification, extraction de données d’un texte. Sur du raisonnement, ça montre vite ses limites.
16 Go
configuration bureautique courante
mistral 4,4 Go
qwen3 5,2 Go
gemma4:12b 7,6 Go
qwen3:14b 9,3 Go
Le premier palier réellement utile : rédaction correcte en français, synthèse de documents longs, aide au code.
32 Go
station de travail
gpt-oss 14 Go
qwen3.6:27b 17 Go
gemma4:26b 18 Go
qwen3:30b 19 Go
Qualité proche de ce qu’on attend d’une API grand public sur la plupart des tâches courantes.
64 Go et plus
machine spécialisée
gemma4:31b 20 Go
qwen3.6 24 Go
et les variantes non quantifiées
Traitement par lots, contextes très longs, plusieurs modèles chargés simultanément.

Tailles relevées sur la bibliothèque Ollama au 17 août 2026. Elles bougent : vérifiez avant de télécharger.

Un mot sur le choix du modèle pour le français. Mistral reste une valeur sûre, conçu en France et parfaitement à l’aise dans notre langue. Les familles Qwen et Gemma sont devenues très solides en multilingue et se mettent à jour beaucoup plus souvent, ce qui compte quand on veut du récent.

Étape 1 : installer Ollama

Ollama est le moyen le plus court d’arriver à un modèle qui répond. Il télécharge les modèles, les charge en mémoire et expose une API locale, sans configuration.

Installation d’Ollama
# Linux : script officiel
curl -fsSL https://ollama.com/install.sh | sh

# macOS : via Homebrew (ou le .dmg sur ollama.com)
brew install ollama

# Windows : telecharger l'installeur sur ollama.com/download

# Verifier que le service repond
ollama --version
curl http://localhost:11434/api/tags
Contrôle si la commande curl renvoie du JSON, le service tourne et écoute en local.

Une remarque de prudence, parce qu’on la doit : curl | sh exécute un script distant avec vos droits. C’est la méthode que documente l’éditeur, elle est courante, mais rien ne vous empêche de télécharger le script d’abord et de le lire avant de le lancer. Sur une machine professionnelle, c’est même la bonne habitude.

Notez le port 11434. Par défaut Ollama n’écoute que sur localhost, donc rien n’est exposé à votre réseau. Gardez-le ainsi tant que vous n’avez pas mis d’authentification devant, nous y revenons plus bas.

Étape 2 : votre premier modèle

Choisissez dans le tableau ci-dessus une taille compatible avec votre mémoire, puis lancez-la. Le premier appel télécharge le modèle, les suivants sont immédiats.

Premier dialogue en local
# Modele confortable sur 16 Go de RAM
ollama run mistral

# Machine plus modeste : 8 Go
ollama run qwen3:4b

# Lister ce qui est installe, et ce qui tourne
ollama list
ollama ps

# Liberer la memoire sans desinstaller
ollama stop mistral

# Supprimer completement un modele
ollama rm mistral
Astuce ollama ps indique si le modèle tourne sur le processeur ou sur le GPU. C’est votre premier diagnostic de lenteur.

Une fois dans l’invite, tapez une vraie question métier, pas « bonjour ». Demandez un résumé d’un paragraphe que vous collez, une reformulation en langage client, une extraction de dates depuis un texte. C’est là que vous verrez si le modèle tient la route pour votre usage réel.

Étape 3 : comprendre la quantification

C’est le concept qui explique pourquoi un modèle de 27 milliards de paramètres peut peser 17 Go et non 54. Les paramètres du modèle sont à l’origine stockés en 16 bits. La quantification les réencode sur moins de bits, typiquement 4, ce qui divise la taille par trois ou quatre au prix d’une perte de qualité généralement faible.

SuffixeCe que c’estQuand le choisir
Q4_K_M4 bits, variante équilibrée. C’est le défaut d’Ollama dans la plupart des cas.Par défaut. Le meilleur compromis taille et qualité pour un usage courant.
Q5_K_M5 bits, environ 20 % plus lourd.Si vous avez de la mémoire en rab et que la qualité de rédaction compte.
Q8_08 bits, environ deux fois la taille du Q4.Rarement justifié en local. L’écart de qualité avec Q5 est mince.
fp16 / bf16Le modèle non quantifié, en pleine précision.Pour du fine-tuning ou de la mesure de référence, pas pour discuter.
qatQuantification prise en compte dès l’entraînement.Quand la variante existe, elle est souvent meilleure à taille égale.

Le réflexe utile : à mémoire égale, un gros modèle fortement quantifié bat presque toujours un petit modèle en pleine précision. Entre qwen3:14b en Q4 et qwen3:4b en fp16, qui occupent une place comparable, le premier donnera de meilleurs résultats sur la quasi-totalité des tâches.

Étape 4 : mesurer au lieu de deviner

« C’est lent » n’est pas un diagnostic. La bonne unité est le nombre de tokens générés par seconde. En dessous de 5 tokens par seconde, la lecture devient pénible. Autour de 15 à 20, vous lisez au fil de la génération. Au-delà de 30, c’est confortable.

Mesurer le débit réel
# Dans l'invite ollama run, activer les statistiques
>>> /set verbose
>>> Redige un paragraphe de 200 mots sur la sauvegarde informatique.

# Ollama affiche alors, entre autres :
#   eval count       : nombre de tokens generes
#   eval duration    : temps de generation
#   eval rate        : tokens par seconde  <-- la metrique utile

# Meme mesure via l'API, utile pour scripter une comparaison
curl -s http://localhost:11434/api/generate -d '{
  "model": "mistral",
  "prompt": "Explique le RAID 1 en trois phrases.",
  "stream": false
}' | python3 -c "import json,sys; d=json.load(sys.stdin); \
print(round(d['eval_count']/(d['eval_duration']/1e9),1), 'tokens/s')"
Méthode mesurez deux ou trois modèles sur le même prompt avant de trancher.

Étape 5 : une vraie interface

Le terminal va cinq minutes. Pour un usage quotidien, et surtout pour faire tester à des collègues, il faut une interface web. Open WebUI est le choix évident : il détecte Ollama automatiquement, gère les comptes, l’historique des conversations et l’import de documents.

Open WebUI en un conteneur
# Linux : le conteneur parle a l'Ollama de la machine hote
docker run -d --network=host \
  -v open-webui:/app/backend/data \
  -e OLLAMA_BASE_URL=http://127.0.0.1:11434 \
  --name open-webui --restart always \
  ghcr.io/open-webui/open-webui:main

# macOS et Windows : --network=host n'existe pas, on publie le port
docker run -d -p 3000:8080 \
  -v open-webui:/app/backend/data \
  -e OLLAMA_BASE_URL=http://host.docker.internal:11434 \
  --name open-webui --restart always \
  ghcr.io/open-webui/open-webui:main

# Puis ouvrir http://localhost:3000 (ou :8080 avec --network=host)
# Le premier compte cree devient administrateur.
Attention créez le compte administrateur immédiatement, avant d’exposer quoi que ce soit.

Étape 6 : interroger vos documents

C’est là que le TP devient intéressant, parce qu’un modèle généraliste ne connaît rien à votre entreprise. Le principe s’appelle le RAG, pour Retrieval-Augmented Generation : on découpe vos documents, on les transforme en vecteurs numériques, et à chaque question on va chercher les passages pertinents pour les donner au modèle avant qu’il réponde.

Open WebUI intègre tout le nécessaire. Il vous manque juste un modèle d’embeddings, un petit modèle spécialisé dans la transformation de texte en vecteurs.

Ajouter le RAG
# 1. Recuperer un modele d'embeddings (274 Mo, tres leger)
ollama pull nomic-embed-text

# 2. Dans Open WebUI : Parametres > Documents
#    Moteur d'embedding      : Ollama
#    Modele d'embedding      : nomic-embed-text
#    Taille des blocs        : 1000 caracteres
#    Chevauchement des blocs : 100 caracteres

# 3. Espace de travail > Base de connaissances > Creer
#    Deposer vos PDF, .docx, .md, .txt

# 4. Dans une conversation, appeler la base avec le diese
#    #ma-base Quelle est notre procedure de sauvegarde ?
Réglage des blocs trop petits perdent le contexte, trop gros noient l’information. 1000 caractères est un bon point de départ.

Testez avec une vingtaine de documents avant d’en verser mille. Le RAG a une façon bien à lui d’échouer : il répond avec assurance en s’appuyant sur le mauvais passage. La seule parade est de vérifier les sources citées sur des questions dont vous connaissez déjà la réponse.

Ce qui coince en vrai

SymptômeCause probableCe qu’on fait
Génération à 1 ou 2 tokens par seconde Le modèle ne tient pas en mémoire et le système échange avec le disque. ollama ps pour voir la répartition processeur et GPU. Descendre d’une taille de modèle.
Le modèle répond en anglais à une question française Pas de consigne de langue, et un modèle majoritairement anglophone. Ajouter une instruction système explicite, ou préférer Mistral ou Qwen.
Il oublie le début d’une longue conversation La fenêtre de contexte est saturée. Augmenter num_ctx, en sachant que cela consomme de la mémoire supplémentaire.
Les réponses RAG sont à côté de la plaque Découpage inadapté ou documents mal extraits, typiquement des PDF scannés. Vérifier que le texte est bien extrait. Ajuster la taille des blocs.
Le ventilateur s’emballe, la batterie fond C’est normal, l’inférence sature les unités de calcul. Brancher la machine. Pour un usage continu, un portable n’est pas le bon support.

Le piège à ne pas commettre

Ne publiez jamais le port 11434 sur Internet pour « y accéder depuis le bureau ». L’API d’Ollama n’a aucune authentification : quiconque atteint ce port peut interroger vos modèles, en télécharger d’autres et consommer votre machine. Des instances ouvertes se font régulièrement moissonner. Si vous devez y accéder à distance, passez par un VPN ou placez un reverse proxy avec authentification devant, jamais l’API nue.

Quand le TP atteint ses limites

Ce montage est parfait pour comprendre, expérimenter et décider. Il cesse de l’être quand :

  • Plusieurs personnes s’en servent en même temps. Un poste de travail sert un utilisateur correctement, pas dix en simultané.
  • Il faut que ça réponde à 3 heures du matin. Votre portable dort, et c’est très bien ainsi.
  • Les documents indexés deviennent sensibles. Un poste de travail n’a ni sauvegarde sérieuse, ni chiffrement au repos, ni journalisation des accès.
  • Vous voulez brancher le modèle à vos outils métier. Là, ce n’est plus le modèle le sujet, c’est la plomberie autour.

Et Datacampus dans tout ça ?

Autant le dire franchement : nous ne vendons pas encore de serveurs d’inférence. Ce TP se fait donc sur votre matériel, et c’est la bonne façon de commencer.

En revanche, dès que le sujet devient collectif, la question se déplace vers ce qu’on branche autour du modèle : une base vectorielle qui tient la charge et qui est sauvegardée, des serveurs MCP pour exposer proprement vos systèmes internes à un agent, un n8n pour orchestrer tout ça. Cette couche-là, nous l’hébergeons et nous l’infogérons en France, et elle se marie très bien avec un modèle qui, lui, tourne chez vous.

TL;DR, ce qu’il faut retenir

  • Votre machine actuelle suffit pour commencer. N’achetez rien avant d’avoir mesuré.
  • La mémoire est la seule contrainte qui compte : taille du fichier plus 20 %.
  • À mémoire égale, préférez un gros modèle quantifié en Q4 à un petit modèle en pleine précision.
  • Mesurez en tokens par seconde. En dessous de 5, changez de modèle.
  • Ollama pour servir, Open WebUI pour l’interface, nomic-embed-text pour vos documents.
  • N’exposez jamais le port 11434 sur Internet, l’API n’a aucune authentification.
  • Le poste de travail montre ses limites dès qu’il y a plusieurs utilisateurs ou des données sensibles.

FAQ — Faire tourner un LLM en local

Faut-il une carte graphique pour faire tourner un LLM en local ?

Non, mais ça change tout sur la vitesse. Un modèle de 4 milliards de paramètres tourne sur processeur seul, simplement plus lentement. Les Mac Apple Silicon s’en sortent très bien grâce à leur mémoire unifiée. Sur PC, une carte graphique avec suffisamment de VRAM fait la différence dès qu’on dépasse les petits modèles.

Quel modèle choisir avec 16 Go de RAM ?

C’est le palier le plus confortable pour débuter. Mistral (4,4 Go) et Qwen3 (5,2 Go) laissent de la marge, Gemma4 en 12 milliards (7,6 Go) et Qwen3 en 14 milliards (9,3 Go) offrent une meilleure qualité si vous fermez vos autres applications. Pour du français, Mistral reste une valeur sûre.

Un LLM local est-il aussi bon que ChatGPT ?

Sur les tâches courantes, résumé, reformulation, classification, extraction, l’écart est devenu faible avec un modèle de 27 à 30 milliards de paramètres. Sur le raisonnement complexe et les connaissances très pointues, les grands modèles propriétaires gardent l’avantage. La vraie question n’est pas « lequel est le meilleur » mais « lequel est assez bon pour mon usage, sans envoyer mes données dehors ».

Mes données sortent-elles de ma machine ?

Non. Une fois le modèle téléchargé, tout se passe en local et vous pouvez couper le réseau. Seul le téléchargement initial du modèle nécessite une connexion. C’est précisément l’intérêt de la démarche : aucun prompt n’est envoyé à un tiers, donc aucune exposition au CLOUD Act.

Combien de tokens par seconde faut-il viser ?

En dessous de 5 tokens par seconde, l’usage devient pénible. Entre 15 et 20, vous lisez au rythme de la génération, ce qui est confortable. Au-delà de 30, la latence ne se remarque plus. Mesurez avec /set verbose dans l’invite Ollama plutôt que de vous fier à une impression.

Peut-on exposer Ollama sur son réseau d’entreprise ?

Techniquement oui, avec la variable OLLAMA_HOST, mais prudence : l’API d’Ollama n’implémente aucune authentification. Toute personne atteignant le port peut interroger vos modèles et en télécharger d’autres. Placez systématiquement un reverse proxy avec authentification devant, ou restreignez l’accès par VPN. Ne l’exposez jamais directement sur Internet.

Datacampus vend-il des serveurs pour faire tourner des LLM ?

Pas encore, ce n’est pas à notre catalogue aujourd’hui. Nous hébergeons la couche applicative autour du modèle : bases vectorielles, serveurs MCP, n8n. Le modèle peut parfaitement tourner chez vous pendant que cette couche vit sur une infrastructure infogérée en France.

Pour aller plus loin :
Bibliothèque de modèles Ollama · Documentation Open WebUI
• Sur datacampus.fr : Héberger un LLM en local, le guide complet · Qu’est-ce que MCP ? · Connecter Claude et ChatGPT à un serveur MCP · n8n et l’automatisation souveraine · CLOUD Act et RGPD

Vous avez un projet d'hébergement ?

Configurez-le en 2 minutes et recevez votre devis personnalisé sous 48 h. Sans engagement.

Configurer mon hébergement → Nous appeler

Articles sur le même sujet

Intelligence Artificielle

Un RAG sur vos propres documents : le TP

Indexer vos documents et les interroger en langage naturel, sur votre machine, avec Qdrant et Ollama. Le TP complet : choix du modèle d’embeddings, découpage, indexation, et surtout la mesure de qualité que presque personne ne fait.

Intelligence Artificielle

MCP vs API REST : quand choisir quoi ?

MCP ne remplace pas REST, il le complète. Comparatif tranché pour architectes et tech leads : découvrabilité, schémas, auth, performance, et les cas où l’un bat l’autre.

← Retour au blog